Sélection officielle, séance spéciale
Concourt pour la Caméra d’Or
Vu le 18 mai 2026 à 16
Pays d’origine du réalisateur: Ukraine
Durée = 1h33
Avec Kęstutis Cicėnas
En Ukraine occupée, les autorités russes interdisent aux habitants d’enterrer les civils ukrainiens exécutés. On justifie cette mesure par la nécessité de « soigner » la communication autour de l’avancée de l’« Opération Spéciale » : sans corps visibles, sans fosses identifiées, on entretient l’illusion d’un territoire pacifié et d’une population accueillante. Le vide devient un outil de propagande. Dans ce contexte, Andryï, prêtre de 35 ans, voit son église peu à peu dévoyée de sa fonction première : le lieu de prière et de consolation se transforme en morgue improvisée. Contraint d’y entreposer les cadavres avant leur transfert vers des fosses communes anonymes, il se refuse pourtant à n’être que le rouage docile de cette mécanique de l’effacement. En secret, il consigne les noms, reconnaît les visages, reconstitue les liens, et s’emploie à rendre les corps à leurs familles afin qu’ils puissent recevoir une sépulture digne, conforme aux rites, aux croyances, à la simple humanité.
Mais bientôt l’hiver s’abat sur la région, figeant la terre, compliquant chaque inhumation clandestine, ralentissant chaque geste de résistance. Le froid semble épaissir la menace : les contrôles se resserrent, les allers-retours se font plus périlleux, la peur s’immisce jusque dans la nef glacée. Comment continuer à résister lorsque chaque corps devient une preuve à dissimuler, chaque déplacement un risque calculé ?
À force de soupçons et de surveillances, les soldats russes finissent par découvrir ses agissements. La sanction ne tarde pas : Andryï devra payer pour ces « écarts », pour avoir choisi la fidélité aux morts plutôt que l’obéissance aux vivants armés.
Vesna est un film d’une grande noirceur, au sens propre comme au sens figuré : l’obscurité de l’église, la blancheur crue de la neige, les paysages répondent à la dureté de l’intrigue. Je garde en mémoire une scène de violence particulièrement insoutenable qui visait un enfant et qui imprime durablement la rétine.
Ma note = 13.5/20
