Sélection Officielle en Compétition
Vu le 8h30
Pays d’origine du réalisateur : Russie
Durée = 2h15
Avec Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin
Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils Serioja dans une ville de province. Leur vie bourgeoise, en apparence solide et bien installée, vacille avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La guerre, d’abord lointaine, finit par s’immiscer dans leur quotidien : certains proches émigrent vers l’Occident, d’autres sont mobilisés, et l’État impose des quotas de conscrits aux entreprises. Pour Gleb, ces quotas deviennent un cauchemar : ses employés sont réquisitionnés les uns après les autres, sa société se vide de sa main-d’œuvre, et tout ce qu’il a construit menace de s’effondrer. Il se retrouve pris dans un système qu’il ne contrôle plus, où sa position de patron ne pèse plus grand-chose face à la machine étatique et à la logique de guerre.
Sur ce fond de crise géopolitique et économique, Zviaguintsev greffe une crise intime : Gleb découvre que Galina le trompe. Ce choc agit comme un déclencheur. Ses frustrations accumulées – sociales, professionnelles, affectives – se cristallisent en une violence de plus en plus incontrôlable.
Le film tisse alors un parallèle entre l’embrasement du pays et l’implosion de cet homme, qui s’est construit une identité sur le contrôle et la domination, mais reste profondément fragile.
La narration adopte un rythme lent, posé, presque clinique. Zviaguintsev prend le temps de s’attarder sur les silences, les regards, les gestes banals du quotidien. Cette lenteur n’est pas un défaut en soi ; elle sert à déplier avec minutie la psychologie de personnages complexes, souvent ambigus, rarement sympathiques. Il ne cherche pas à susciter la compassion facile : Gleb, Galina et les autres ne sont ni des victimes irréprochables ni des bourreaux univoques. Ils sont traversés par des contradictions, souvent aveugles à leur propre responsabilité. L’aspect moral du récit est lui aussi trouble. Le film ne propose pas de message rassurant ni de lecture simple. Il n’y a pas vraiment de figure « positive » à laquelle se raccrocher, pas de héros.
On comprend aisément, dans ces conditions, pourquoi Minotaure a trouvé sa place en sélection officielle à Cannes : la mise en scène est maîtrisée, l’articulation entre intime et politique est riche. Pour autant, malgré toutes ces qualités, la proposition ne m’a pas totalement emporté. La lenteur, la froideur assumée de la mise en scène, la dureté des personnages et l’absence de véritable respiration émotionnelle créent une distance. Je respecte profondément la démarche, sans pour autant être conquis.
Ma note = 13,5/20
